A cet enfer peuplé de monades insensibles et indépendantes, il faut opposer les clubs de rencontres, les petites annonces, le réseau, tous ces milliards d'espoirs de rencontres, de liaisons, d'amour, et qui précisément sont de plus en plus difficilement réalisés. C'est en cela que le drame est plus profond que le prétendu détachement cool : hommes et femmes aspirent toujours autant (peut-être n'y a-t-il jamais eu autant de "demande" affective qu'en ce moment de désertation généralisée) à l'intensité émotionnelle des relations privilégiées, mais plus l'attente est forte, plus le miracle fusionnel semble se faire rare et en tout cas bref.
Plus la ville développe les possibilités de rencontres, plus les individus se sentent seuls ; plus les relations deviennent libres, émancipées des anciennes contraintes, plus la possibilité de connaître une relation intense se fait rare. Partout on retrouve la solitude, le vide, la difficulté à sentir, à être transporté hors de soi.



